Themis-justice.fr

/ L'injustice est muette et la justice crie

Qu’est-ce que le viol conjugal?

viol, viol conjugalLe viol conjugal, le grand oublié difficilement oubliable.

Le viol est un rapport sexuel infligé sous la contrainte et constituant un crime. Face à la négligence envers les viols commis dans le cadre des couples, le terme de viol conjugal a été mis en place afin de mettre en exergue l’existence et la gravité des violences au sein du couple.

Le viol conjugal est le grand tabou des délits commis entre époux. Il a beau être oublié voire méprisé par la société, le traumatisme qu’il engendre chez ses victimes reste quant à lui gravé dans le marbre de leur esprit comme un cauchemar intangible. Le sujet est très rarement abordé dans les questions de société car il n’est pas vendeur pour les média, et son existence paraît même peu probable pour les personnes qui n’y ont jamais été confrontées. Devant aussi peu de considération, les victimes sont réduites au repli dans leur honte et leur mal-être, et souffrent en silence. Elles sont à la fois victimes de leurs bourreaux et de la société.

Afin de briser ce silence, il faut d’abord écarter les préjugés. Non, les viols ne sont pas des phénomènes marginaux : en France, 75 000 femmes sont violées chaque année. Pour mieux comprendre ce chiffre, il suffit de regarder dans son entourage et d’imaginer qu’une femme sur dix en a été la victime : le viol est une sombre réalité. Et parmi ces phénomènes de viol recensés, un tiers est le fait du conjoint ou de l’ex-conjoint de la victime. Il convient également d’écarter le jugement préconçu tout droit sorti de notre petit écran selon lequel il existe un profil-type de violeur: les psychopathes, les alcooliques, les marginaux, les obsédés sexuels… Bref, puisqu’il faut bien faire porter le chapeau à quelqu’un, autant que ce soit sur ceux que l’on considère comme les parasites de la société. C’est bien mieux que d’admettre que ces crimes sont commis par des « Monsieur tout le monde », des hommes intégrés socialement qui ne présentent aucune distinction particulière. Dans la majorité des cas, il s’agit en effet d’hommes aux apparences charmantes que personne ne soupçonnerait au premier abord.

Reconnaissance juridique tardive.

La loi stipule dès 1980 que « tout acte de pénétration sexuelle, de quelque nature qu’elle soit, commis sur la personne d’autrui par la violence, contrainte ou surprise est un viol ». Nul part la distinction n’est formulée entre un parfait inconnu, un partenaire, un conjoint ou un époux. Le viol, qu’importe la personne qui le commet, reste un viol. Ainsi, même une personne ayant des relations charnelles avec une autre personne ne peut être écartée de toute responsabilité, même si le phénomène est exceptionnel. Le droit à disposer de son corps est un droit fondamental et naturel, le mariage ne l’achète nullement. Mais pour certains esprits machistes arrêtés à l’époque mérovingienne, puisque l’homme gagne l’argent, la femme doit nécessairement se plier à ses moindres désirs, qu’elle en ait envie ou non. L’obligation de consommer le mariage est aujourd’hui totalement obsolète et manquer au devoir conjugal ne peut plus être invoqué comme une cause de divorce. Mais, bien que la loi ne fasse aucune distinction, il a été difficile d’admettre qu’un viol puisse avoir lieu au sein d’un couple et la reconnaissance formelle a été lente et progressive.

C’est en 1990 que le viol conjugal a été reconnu en tant que tel par un arrêt de la Cour de cassation. Cour qui juge également dans une décision du 11 juin 1992 que « la présomption de consentement des époux aux actes sexuels ne vaut que jusqu’à preuve du contraire ». Enfin, des lois successives de 1994 et de 2006 reconnaissent comme circonstances aggravantes les violences commises entre époux. Mais bien souvent, ce n’est pas le droit en lui-même qui dicte les comportements des individus dans le cadre de la société, mais la pression sociale. La reconnaissance juridique ne suffit pas si la société ne reconnaît pas elle aussi ce phénomène. La société, en mettant au ban la possibilité d’un tel crime, réduit au silence les victimes, qui n’obtiennent que très rarement réparation. Ainsi, on estime que seules 10% des tentatives de viol et des viols sont signalés à la police et à la gendarmerie.

le devoir conjugal n'est pas une excuseVers une reconnaissance sociale nécessaire.

La plupart des personnes se demande comment un individu peut être une victime sexuelle d’un autre individu avec lequel il a habituellement des rapports consentants. Le viol conjugal peut ainsi sonner comme une contradiction et les représentants de la justice eux-mêmes n’intègrent pas systématiquement le concept de ce crime et peinent à en comprendre les réalités et les enjeux. Leurs auteurs sont donc rarement punis comme ils le devraient et écopent généralement de quelques mois de prison avec sursis, ce qui est peu aux vues du traumatisme psychologique et physique qu’ils font subir à leurs victimes. Du point de vue psychologique, la victime, qui a été humiliée, vit dans la solitude et dans la souffrance, elle se renferme sur elle-même par honte et culpabilité mais également par le sentiment d’incompréhension de ses proches. Elle se détache peu à peu du monde qui l’entoure pour rendre son traumatisme le plus irréel possible et se nourrit de son mal-être. Du point de vue physique, la femme victime de viol souffre de lésions vulvaires, vaginales et anales, et demeure ainsi marquée au fer rouge pendant parfois quelques années.

Afin de ne plus marginaliser ces victimes dans leur douleur, il faut parler et reconnaître ce crime. Il faut avoir conscience de toute la question du sens de cet acte et apporter une présence aux victimes qui se retrouvent face à un mur. Ce n’est qu’en parlant de ce phénomène, en le condamnant, en en aidant ses victimes qu’il pourra se tarir. Car tout ce qui est subreptice se densifie.

Samia, épouse violée