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/ L'injustice est muette et la justice crie

Les mots, une défense contre soi-même

Il est nécessaire de parler d’un viol le plus rapidement possible afin qu’une expertise médicale puisse être mise en œuvre. Plus la victime met de temps à accepter d’en parler, plus l’établissement des faits est difficile.

La nécessité de parler…

La guérison des maux passe nécessairement par les mots. Les victimes se renferment sur elles-mêmes et se nourrissent de leur propre chaos. Il faut alors leur tendre la main afin de les faire sortir de leur isolement et de leur douleur, il faut créer et élaborer un échange pour aider la victime à se reconcentrer sur la réalité. L’encourager à tourner la page, à vivre de nouveau. Car le long chemin de la guérison ne peut s’effectuer seule.

…  altérée par l’incompréhension

La peur du regard des autres  et la pression sociale

Dans le cadre de viols conjugaux, ce n’est souvent qu’après plusieurs mois que les femmes révèlent les violences sexuelles qui leur ont été faites. Elles ont honte et se sentent coupables. Elles voient les yeux des autres rivés sur elle comme sur une créature monstrueuse. Elles ont intériorisé la notion du devoir conjugal et ont l’impression d’être lâches et de trahir leur conjoint, d’avoir échoué dans leur relation et rejettent toute la faute sur elles. Ce n’est qu’après un travail de reconstruction suite aux violences psychologiques et physiques qu’elles parviennent à décrire ces les violences sexuelles. Les victimes, lorsqu’elles abordent le sujet, ne parviennent même pas à employer le terme de « viol ». Elles parlent plutôt de « relations sous la contrainte », ou expriment qu’elles n’avaient aucun plaisir physique. Il y a aussi la peur de ne pas être crue, la peur de perdre son énergie à une cause vaine (peu de femmes obtiennent réellement justice). Elles pensent que les autres la voient comme un être faible ayant échoué. De plus, en s’ouvrant, la victime peut également avoir peur de tomber sur des mauvais conseillers qui ne feront qu’enfoncer le couteau dans la plaie, d’être tenue responsable des faits, ou de ne pas être crue. Alors pour elles, qu’elles continuent à vivre mortes n’est pas grave du moment qu’elles se taisent.

 

 

violences sexuelles, la nécessité d'en parler

 

La douleur du traumatisme

La douleur est aussi bien physique que mentale. Mentalement, le traumatisme de l’échec, de la trahison et de l’incompréhension sont difficiles à admettre.  Il y aura toujours chez la victime une ligne indélébile démarquant « l’avant » de « l’après ». La victime se pense longtemps coupable et se demande si tout est de sa faute, ou si elle n’aurait pas pu éviter une telle situation. Elle se demande alors si ce n’est pas son ignorance qui l’a conduite dans la gueule du loup, ou une totale confiance corrélée à une trop grande naïveté. Le fait d’avoir été abusée fait d’elle un être faible à ses propres yeux, manipulable à tort et à travers. Le fait de ne plus se sentir responsable est un premier pas vers la guérison. Mais le chemin est long pour que les blessures cicatrisent réellement car si les marques du fouet disparaissent, les traces des injures, jamais. La victime souffre d’une mystérieuse honte mêlant tristesse et colère. Pour Sartre, « la honte est l’hémorragie de l’âme », les larmes sont le sang de l’âme et face à cette hémorragie, la victime se replie sur sa douleur qui devient pour elle une véritable honte.

La victime est en colère contre le monde entier, sa haine est sans répit et elle montre une attitude agressive envers ses proches. Elle se protège ainsi de ce démon qui la ronge et lui fait ressentir du mépris à son propre égard. Ce mépris d’elle-même la pousse à l’autodestruction car elle ne peut tolérer la honte d’avoir été ainsi souillée. Cette autodestruction peut conduire à une consommation d’alcool élevée, à la prise de drogues (plus de 90% des alcooliques et des toxicomanes ont vécu des violences graves), aux troubles alimentaires, à la dépression, à la violence contre soi voire au suicide.  L’ennemi principal de la victime, c’est elle-même, car en restant dans sa mort spirituelle, elle se refuse le droit de revivre. Mais il est difficile de ressentir les choses de ce monde pour la victime qui, par sentiment d’impuissance et de trahison, abandonne tout espoir et se rend inconsciemment imperméable aux sentiments et aux émotions. Tout sentiment est ainsi anesthésié. Elle ne parvient plus à ressentir le désir, la joie, l’envie, et ne s’attache plus à personne. Elle perd ainsi le sentiment d’exister et se sent étrangère à elle-même, comme un fantôme marchant à côté de sa propre existence. En perdant le discernement des relations humaines, les victimes d’abus peuvent retomber sous la coupe d’un pervers et se renfermer dans un cercle de la douleur. On constate également des troubles de la sexualité chez la victime. Elles sont souvent soit dégoûtées de la sexualité, soit leur comportement conduit à l’hypersexualité (70% des prostituées ont connu des violences sexuelles dans leur enfance).

 

tabou des violences contre les femmes

 

 

En plus d’une douleur morale, il y a parfois une douleur physique.  La victime ressent très souvent une fatigue intense, des douleurs chroniques, des céphalées, ou encore des dorsolombalgies (mal de dos). On constate également des troubles digestifs, gynécologiques et génito-urinaires, endocriniens, allergiques, dermatologiques. Mais un tel traumatisme peut aussi conduire à des troubles cardio-vasculaires, des palpitations, une hypertension artérielle, à des affections pulmonaires, voire neurologiques. Ainsi, on constate parfois des troubles de la mémoire chez les patients. La mémoire émotionnelle des violences reste alors piégée dans l’amygdale et, isolée, elle ne peut plus être traitée par l’hippocampe (logiciel cérébral de traitement et de décodage de la mémoire consciente et des apprentissages). La mémoire traumatique est ainsi plongée dans l’effroi, la détresse et la douleur, et ces sensations reviennent à l’esprit de la victime parfois des années plus tard. Elle revit ce qu’elle a vécu de manière incontrôlable, au moindre caractère lui rappelant ces violences (un lieu, une situation, une odeur, une sensation, une émotion, un stress particulier…). Cette machine à remonter le temps est pour elle intolérable et envahit sa conscience en lui faisant revivre l’épisode avec exactitude.

Il convient donc de consulter un médecin le plus rapidement possible, afin d’éviter des déroutes comportementales et d’échapper au risque de la mémoire traumatique, mais également pour établir rapidement des certificats dans le but de pouvoir mener une action en justice. Cette consultation doit être assortie d’une thérapie permettant à la victime d’évacuer les réactions psychologiques qui pourraient la détruire elle-même. Il ne faut pas rester en repli, il faut parler. C’est la seule chance de se faire ou de se taire.

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Article posté le 13 novembre 2013 par and tagged , , , , , .