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/ L'injustice est muette et la justice crie

L’affaire Sébastien Wank

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« un rythme et une charge de travail écrasants »

Le procès du commandant Éric Delepoulle a débuté le 18 novembre devant le tribunal correctionnel de Marseille. Il est accusé de harcèlement moral. Le 15 juin 2010, le second-maître sous ses ordres sur la frégate La Fayette se donne la mort. Sébastien Wank, 32 ans, est retrouvé pendu alors que la frégate navigue au bord de la Sicile. Ce suicide s’avère être la conséquence directe de la forme de maltraitance psychique que constitue le harcèlement moral.

D’après les témoignages, le jeune homme faisait face à un « rythme et une charge de travail  écrasants » et effectuait des journées de plus de quinze heures. Le commandant de la frégate le considérait littéralement comme son « larbin ». Jean-Jacques Rinck, l’avocat de la famille du sous-officier révèle que ce dernier « faisait son lit, nettoyait ses chiottes, repassait ses vêtements » et devait organiser la préparation des repas et le service de table du commandant matin, midi et soir.

Les membres de l’équipage ont été entendus pendant l’instruction et ont soulevé le fait qu’Éric Delepoulle était notoirement connu pour être un individu exécrable qui considérait l’équipage comme « son petit personnel » et qu’il leur infligeait des punitions incessantes, abusives et humiliantes.

Un homme « se prenant pour Dieu à bord »

Le médecin de bord le décrit même comme un homme « se prenant pour Dieu à bord ». Ainsi, dans la frégate devenue le « bateau de l’enfer » régnait une atmosphère délétère. Sébastien Wank était la cible particulière de ses pressions permanentes. Même à quai, il l’obligeait à « rester à bord en dehors des heures de service les soirs et les week-ends pour servir les nombreux repas organisés au profit de ses amis », selon la compagne de la victime.

Malgré les efforts du sous-officier pour effectuer ces ordres abusifs, son évaluation a été pour lui décevante compte tenu de sa charge de travail. Bien que la note lui étant attribuée était correcte, l’évaluation relevait de sa part une « absence d’investissement » et le décrivait comme « un maître d’hôtel désabusé ». Un collègue de Sébastien Wank, Arnaud Mille, soulève même que « Sébastien ne pouvait pas souffler, il était toujours sur le pied de guerre, il dormait très peu ». Cette notation représente alors une grande déception pour le jeune homme pour qui servir l’armée était un véritable rêve d’enfance. Devant tant d’efforts si peu récompensés, il se résigne au suicide deux jours plus tard.

Le commandant écarte toute responsabilité. Mais pour le magistrat instructeur, « il était manifeste que le défunt était à bout, physiquement comme nerveusement, du fait de l’accumulation de tout ce qu’il avait subi depuis un an et demi ». La famille de Sébastien Wank a demandé 190.000 euros en réparation du préjudice moral subis, 150.000 euros au titre des souffrances endurées et 300.000 euros en réparation de la « perte de chance de survie »Eric Delepoulle risque deux ans de prison et 30.000 euros d’amende.