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Hommes battus: le tabou au cœur du tabou

Sous prétexte que les femmes sont trois fois plus nombreuses à souffrir de violences conjugales, les violences sur les hommes sont rarement évoquées. Pourtant, les femmes violentes existent bel et bien et leurs victimes n’ont ni aide, ni considération. Les hommes ne sont pas épargnés par la violence conjugale, bien que ce phénomène soit sous-estimé, souvent nié, voire même tourné au ridicule. Déviant des mœurs des sociétés actuelles, le sujet est considéré comme tabou et les hommes gardent le silence sur leurs souffrances.

D’après Sylvianne Spitzer, « 4% déposent une main courante, 1% portent plainte, 1% entament une procédure de divorce. Il ne se passe rien dans 94% des cas. »

Les hommes maltraités par leur conjointe sont pourtant nombreux: 130 000 recensés par an, auxquels  il faut ajouter ceux  qui se sentent trop humiliés pour en parler. Selon l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales, premier organisme à avoir étudié les violences sur les hommes, les 18-25 ans et les 34-45 ans sont les deux tranches d’âges les plus représentées et un diplômé de l’enseignement supérieur risque deux fois plus d’être touché : Sur mille personnes, 10,8 hommes se sont déclarées victimes contre 15,8 femmes.

homme battu tabou

Quel type de violence?

La violence envers les hommes se manifeste majoritairement sous la forme d’une emprise sociale (jalousie extrême, interdiction de certains contacts, contrôle systématique des communications téléphoniques ou du courrier électronique, insultes, menaces, rabaissement, dénigrement du père auprès des enfants, calomnies, intimidations…).

Mais ce n’est pas le seul type de violence que les femmes utilisent. Bien qu’il soit ancré dans les mœurs que l’homme domine et que la femme est une petite chose fragile,  la violence physique n’est pas mise au ban par les femmes. « Les femmes sont capables des mêmes violences que les hommes », affirme Véronique Gaby. La psychologue de l’association suisse Face à Face soulève ainsi un autre sujet à controverse, lui aussi considéré comme tabou: les femmes physiquement violentes. Ce fait est difficilement accepté dans les mentalités car il paraît difficile pour une femme d’assujettir un homme physiquement plus fort.

Si beaucoup d’hommes se laissent faire c’est parce qu’ils n’ont pas envie de surenchérir. Soit ils ont appris à ne pas lever la main sur une femme en toute circonstance et appliquent ce précepte, soit ils prennent conscience que la conjointe qui les violente attend qu’il lui rende la pareille pour pouvoir porter plainte et récupérer la garde des enfants. Car la femme est toujours plus entendue que l’homme par la justice.

Pourquoi gardent-ils le silence?

Les hommes encaissent plus longtemps que les femmes. Pour le psychothérapeute Serge Guinot, « … il faut en moyenne sept à dix ans pour qu’un homme décide d’en parler ». En effet, comment quitter sa conjointe sans risquer de perdre ses enfants? Car dans ce domaine également l’inégalité de considération des sexes lors de violences conjugales penche en faveur des femmes, qui peuvent se réfugier avec leurs enfants dans un foyer, obtenir des ordonnances, et laisser les pères sans nouvelles.

« On attribue la violence aux hommes, la douceur aux femmes », souligne Catherine Ménabé, doctorante en droit pénal et sciences criminelles à l’Université de Lorraine. Elle rappelle pourtant qu’une victime sur cinq de violences conjugales est un homme et qu’un homme décède tous les 10 jours en raisons des violences – physiques ou psychologiques – au sein de son couple.

Autre chiffre: 3.500 hommes ont déposé plainte pour violences conjugales en 2010, contre 16.000 femmes, selon Mme Ménabé, qui précise que les hommes portent peu plainte car « ils pensent que ça ne sert à rien », « ne veulent pas que cela ait des conséquences sur la garde des enfants » ou « ne veulent pas que ça se sache ». Or ceux qui décident de porter plainte se heurtent très souvent à une indifférence des fonctionnaires de police et une « partialité » des magistrats, soulignent unanimement chercheurs, victimes et associations.

« 3 plaintes sur 4 déposées par les hommes victimes de violences sont refusées. Il n’y a aucune formation des policiers et des gendarmes », déplore Sylvianne Spitzer, psychologue et criminologue, fondatrice de SOS Hommes battus, seule association française spécifique d’aide aux hommes.

« Au mieux, les hommes savent dans quels commissariats il faut aller, et dans lesquels il ne faut pas aller, pour que leur plainte soit prise en compte. Même chose pour les tribunaux », dit-elle, rappelant que 95% des juges aux affaires familiales qui interviennent dans les procédures de divorce sont des femmes.

« J’ai eu beaucoup de mal à mettre des mots sur les actes. Il m’a fallu dix ans pour comprendre que j’étais victime de violences » conjugales, souligne M. Bertrand. Même le numéro d’urgence 3919 « Violences conjugales Info » n’est pas d’un grand secours, témoigne Olivier Besida de l’association SOS Papa, qui défend les pères en situation de divorce ou de séparation.

Justice et égalité pour les hommes

Le 25 novembre  2010, le Parlement français a institué une « journée nationale de sensibilisation aux violences faites aux femmes par la loi du 9 juillet 2010. Mais alors, qu’en est-il des hommes? Comment pouvons-nous accepter qu’une politique publique soit unilatérale et prenne parti pour l’un des sexes? Dans une République comme la nôtre, il convient de faire cesser cet état de fait par souci du respect des valeurs prônées de justice et d’égalité. De plus, il existe une cinquantaine d’associations pour les femmes victimes de violences conjugales en France, alors qu’une seule et unique vient en aide aux hommes battus (SOS Hommes Battus). Pourquoi le plus grand nombre des associations qui existent n’apportent leur aide qu’aux femmes?

SOS Hommes Battus est une association qui a été créées pour ces hommes. Elle les écoute à travers une permanence téléphonique et un site internet. Cependant, elle rencontre un succès inattendu qui ralentit son potentiel d’action.

« On a été contacté par près de 7 000 hommes à ce jour, et on a découvert des situations terribles, avec des schémas très comparables à ceux que subissent les femmes battues. L’emprise, l’escalade, la honte, la peur de parler, les enfants pour lesquels on reste… Et il ne s’agit pas seulement de maltraitances psychologiques : coups, séquestrations, sévices… » Reste que dans un pays ou une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint, il est encore compliqué de s’intéresser au conjoint battu. « Un homme est tué tous les treize jours par sa compagne, rappelle pourtant Sylvianne Spitzer. Il faudrait juste que la société arrête de penser : elle a forcément dû se défendre. » Sur la seule période 2010-2012, la permanence téléphonique, ouverte le matin en semaine, a ainsi reçu 3300 appels et 3600 mails. L’équipe consacre environ 45 minutes à chaque personne. « Nous sommes peu nombreux, donc difficilement joignables. Nous sommes victimes de notre succès… »

La France a  un retard considérable par rapport aux autres pays« Aux Etats-unis, une enquête portant sur l’ensemble des 50 Etats est en cours. Il existe dix centres d’accueil à Londres. On en trouve en Espagne, au Maghreb, en Iran, en Irak. » En France, la mairie de Montrouge met à disposition de SOS hommes battus un local. Deux heures par semaine. Dans la France d’aujourd’hui, aucune campagne, même gouvernementale, contre la violence conjugale ne fait mention des hommes victimes. Aucun service de prévention ne leur est ouvert, à commencer par le numéro d’appel 3919, qui se présente toujours comme un service public… mais sexué. Aucun hébergement d’urgence, aucune structure d’accueil ne leur est offerte. Double peine pour ces hommes : non seulement ils vivent leur quotidien dans la souffrance, mais encore la société nie la réalité de cette souffrance, et ne leur propose aucune aide. Ces dernières années, ceux qui pratiquaient le déni total ont adopté une position de repli, et un nouveau type de raisonnement est apparu : la discrimination à l’encontre des hommes violentés serait légitime, parce qu’ils sont moins nombreux que les femmes dans la même situation. Cette position est évidemment une aberration d’un point de vue républicain, car toutes les victimes ont droit à la protection de la société, indépendamment de leur sexe. Elle semble pourtant partagée par de nombreuses personnes, et en particulier par les politiques, puisque rien ne bouge à leur niveau

 

homme battu

 

Une étude canadienne réalisée tous les cinq ans sur 23’000 sur les personnes des deux sexes montre que « hommes et femmes sont à égalité dans le recours à la violence physique. »

Contrairement à la mythologie misandre de supposée domination masculine, la psychologue Véronique Gaby affirme : « La violence n’est pas une histoire de sexe. Hommes, femmes, couples hétéro- ou homosexuels y ont recours. Et ce n’est pas la taille du préjudice qui compte, mais le traumatisme ressenti. Quel que soit le type de violence, elle fait souffrir et empêche l’autre de s’épanouir. »

« Il y a une équité juridique, mais une discrimination dans la mise en pratique de la répression », constate Catherine Ménabé, qui appelle à une « évolution des mentalités dans toute la chaîne judiciaire ». Les victimes soulignent aussi le manque d’information.

Mme Spitzer, qui « aimerait qu’on arrête des parler de femmes ou d’hommes battus, mais plutôt de « victimes de violences conjugales ».

 

http://www.metronews.fr/info/violences-conjuguales-un-homme-battu-raconte-son-enfer/mlko!aN3V9dTQ07uQ/

http://fr.scribd.com/doc/114156442?secret_password=dauwu6chvuoi9d6e4v1

 

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Article posté le 29 août 2013 par .