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Le harcèlement moral au travail

La pathologie au travail

Le mot travail est issu du latin tripalium, qui désigne un instrument de torture. L’origine du mot lui-même reflète la douleur que peuvent occasionner les effets pervers du travail sur une personne. Des médecins du travail, des psychologues et des psychiatres se sont alors penchés sur les dangers qu’ils peuvent causer, et notamment sur le harcèlement moral dans le domaine professionnel. Cette technique d’instrumentalisation conduit à l’état de détresse de nombreux salariés. Des professionnels de la pathologie au travail ont alors proposé des définitions au harcèlement moral, aussi appelé mobbying:

Harcèlement moral

Pour Michelle Drida, Présidente de l’association « Mots pour maux », le harcèlement moral dans le domaine professionnel est « une souffrance infligée sur le lieu de travail de façon durable, répétitive et/ou systématique par une ou des personnes à une autre personne, par tous les moyens relatifs aux relations, à l’organisation, aux contenus ou aux conditions de travail, en les détournant de leur finalité, manifestant ainsi une intention consciente ou inconsciente de nuire voire de détruire ».

Christophe Dejours lui, psychiatre, psychanalyste et professeur à la Chaire de psychologie du travail au CNAM, parle de « pathologies consécutives non seulement à un harcèlement ou à une persécution, mais à un contexte de solitude résultant d’une stratégie d’isolement par une technique de management visant à la désagrégation de la solidarité et du collectif de travail ».

 

Harcèlement au travail

Il existe donc une pluralité de modes d’exercice du harcèlement moral, et les buts recherchés par le harceleur divergent. Mais la conséquence est la même: un état de détresse mentale et/ou physique. L’enquête PEZE révèle les conséquences directes de ces violences psychologiques endurées. Peuvent ainsi être éprouvés des maladies prolongées (60,6% des cas), une déqualification des fonctions (18,1%), un licenciement pour faute (5,3%), une démission forcée (3,2%), un départ négocié, une mise en invalidité, une révocation, des conséquences inconnues (1,1% chacun) et dans 8,5% des cas il n’y a aucune conséquence.

 

Qui est concerné?

L’enquête CHIARONI, de l’Inspection Médicale  du travail pour la région PACA sur l’incidence du harcèlement moral sur les troubles psychopathologiques révèle que les secteurs les plus touchés sont le commerce (29,9% des cas), les services (20%) et le secteur de la santé et des activités sociales (18,8%). Mais le harcèlement moral concerne tous les domaines d’activité, tous les types de contrat (CDI, CDD, contrat de formation en alternance, etc), tous les types d’entreprise. Depuis l’entrée en vigueur de la loi du 6 août 2012, les personnes en stage ou en formation sont également protégées contre le harcèlement moral.

De plus il n’y a pas réellement de profil-type du harcelé. C’est ce qu’affirme Leymann: « les théories de personnalité de sont pas très valables pour analyser les sources du harcèlement psychologique au travail ». Et contrairement à ce que l’opinion générale perçoit, les victimes ne sont pas nécessairement des personnes fragiles.  Les harcelés seraient même souvent des « grandes gueules » selon Hirigoyen, des fortes personnalités qui se feraient harceler pour leur résistance envers le pouvoir de leur supérieur hiérarchique, ou envers les décisions collectives. Leur faculté à sortir la tête de l’eau et à afficher une volonté contraire à celle de la collectivité professionnelle serait alors la cause de leur emmurement.

Harcèlement moral

Mais Quenneville et Roberge, dans une revue de documentation traitant de la violence au travail démontrent que « les victimes de harcèlement moral posséderaient certaines caractéristiques spécifiques, qui permettraient d’expliquer leur vulnérabilité face aux agresseurs, ce qui ferait d’elles des cibles potentielles ». Parmi ces caractéristiques spécifiques, ils relèvent l’âge et le sexe. Hirigoyen confirme ces propos en relevant que les femmes constituent 70% des victimes et qu’ainsi, « les cibles privilégiées sont les femmes enceintes, les délégués syndicaux et les personnes de plus de 50 ans. Mais les femmes sont davantage harcelées dans un registre sexiste ».

Ensuite il y a l’âge. Plus un salarié approche de la retraite, plus il devient indésirable. Hirigoyen montre alors que ce phénomène touche essentiellement les individus âgés de 46 à 55 ans (43% des cas rencontrés contre aucun cas avant 25 ans, 8% de cas entre 26 et 35 ans, 29 entre 36 et 45 et 19% après 56 ans).

 

 

 

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Article posté le 21 juillet 2014 par .